Après la guerre de 1870-1871, les Corréziens ont érigé des monuments sur les lieux mêmes des batailles (Thorigné-sur-Dué[1], Sarthe) pour témoigner du patriotisme des Mobiles du département :

En général, les monuments érigés par les départements situés hors de la zone des combats sont à l’initiative de personnes ou d’associations privées. Les derniers monuments seront inaugurés en août 1914 ! Ils expriment, le plus souvent, l’idée de revanche et prennent une tonalité très agressive y compris chez les militants catholiques[2].

La Corrèze a suivi un mouvement atypique. Elle ne possède sur son territoire aucun monument aux morts de la guerre de 1870-1871[3] comme l’explique Johannès Plantadis, en 1901 :

 « Pour perpétuer le sacrifice de leurs enfants pendant la guerre de 1870-1871, comme aussi pour rappeler aux générations futures les revanches espérées de la défaite, un très grand nombre de départements et de villes ont érigé, en France, des monuments commémoratifs sur les places publiques. Le département de la Corrèze et Tulle n’ont pas suivi ce mouvement. Faut-il les en louer, sous le prétexte, assez contestable d’ailleurs, que la « statuomanie » sévit à notre époque avec trop d’intensité et sans mesure ? Ou bien, faut-il les en blâmer ? Nous nous garderons, en l’occurrence, de prendre parti. L’avenir jugera s’il y eût de la part de nos compatriotes indifférence, hostilité ou neutralité bienveillante, voulue et raisonnée. »[4]

Gilles Quincy


 

[1] . Ce monument aux morts a été érigé en 1896 en mémoire des combats de Thorigné du 09 janvier 1871.

[2] . Becker (Annette), Monuments de mémoire : Monuments aux morts de la Grande Guerre, Paris, Errance, collection. Art et Patrimoine, 1991, p. 17.

[3] . Une plaque commémorative des morts de 1870 existe toutefois sur le mur de l’église de Saint-Viance. Elle constitue apparemment « le seul souvenir des combattants de cet affrontement dans la région » (La Montagne, 02 juin 2005). Le 31 mai 2005, l’association du Souvenir français et la Fédération nationale des Anciens combattants en Algérie (F.N.A.C.A.) ont inauguré une nouvelle plaque en mémoire des douze habitants tués durant le conflit franco-allemand. Elle remplace une plaque, originellement en marbre, fissurée par le temps, qui avait été restaurée en 2004.

[4] . Historique des Bataillons de Mobiles de la Corrèze pendant la guerre de 1870-1871, Tulle, Impr. Crauffon, 1901, p. 83.